| De l'apprentissage de la lecture au plaisir de lire : la conférence d'Yvanne CHENOUF |
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| 13-03-2008 | |||||||||||||||
De l'apprentissage de la lecture au plaisir de lire : le texte de la conférence d'Yvanne CHENOUF
LES ENFANTS, LES LIVRES… ET NOUS ?
L’école et le plaisir de lireSur les ondes France Inter, une journaliste, pensant flatter Annie Ernaux , la présentait ainsi : « Annie Ernaux est un écrivain qu’on étudie dès le lycée. Et ça l’ennuie copieusement parce qu’elle se dit : « les jeunes vont trouver mes livres chiants sans y revenir après ». » Étrange réaction de la part d’une professeure de lettres qui a choisi d’enseigner la littérature, avec, on peut l’espérer, l’objectif de former des lecteurs convaincus. Dans La littérature en péril , Tzvetan Todorov, également enseignant, part en guerre contre l’analyse scolaire des livres, responsable, selon lui, du désintérêt des adolescents pour la lecture : « À l'école, on n'apprend pas de quoi parlent les œuvres mais de quoi parlent leurs critiques.” Ou encore : “On fait preuve d'un certain manque d'humilité en enseignant nos propres théories autour des œuvres plutôt que les œuvres elles-mêmes.” Un autre enseignant, Daniel Pennac, avait, depuis longtemps, consacré tout un livre (un best-seller ) au déni de l’enseignement morose de la littérature, opposant, à l’obligation scolaire et familiale de lire, le partage jubilatoire, complice et gratuit des histoires entre des adultes (parents et enseignants) et des enfants (également élèves) : « Quels pédagogues nous étions quand nous n’avions pas le souci de la pédagogie ! » , s’exclame-t-il. L’écrivain, Alberto Manguel, plaide, dans Pinocchio et Robinson , pour une sorte d’« éducation sentimentale » de la lecture, une passion amoureuse à transmettre par l’exemple : « Sans plaisir, dit-il, il n’y a pas de lecture. On n’apprend pas à être amoureux, on est amoureux. » Rendant l’étude scolaire responsable de cette régression (les enfants aimaient tant qu’on leur raconte des histoires !), ces maîtres, devenus écrivains, prennent acte de leur propre fiasco et plaident pour un accès direct au bonheur de lire, bonheur intime et sans contrainte, avec, pour seule intermédiaire, une passion contagieuse, une passion irrésistible. Au début, la Sainte Trinité
« Qu’avons-nous fait du lecteur idéal qu’il [l’enfant] était en ces temps où nous-mêmes jouions tout à la fois le rôle du conteur et du livre ? L’ampleur de cette trahison ! Nous formions, lui, le récit et nous, une Trinité chaque fois réconciliée. » . « La recherche montre que, dans les traits essentiels de son développement, le langage écrit ne reproduit nullement l’histoire du langage oral, que la ressemblance entre les deux processus porte plus sur l’apparence extérieure que sur le fond. Le langage écrit n’est pas non plus la simple traduction du langage oral en signes graphiques et sa maîtrise n’est pas la simple assimilation de la technique de l’écriture. (…) Le langage écrit, nous apprend ensuite la recherche, est plus abstrait que le langage oral sous un autre aspect encore. C’est un discours sans interlocuteur, situation verbale tout à fait inhabituelle pour l’enfant. Le langage écrit implique une situation dans laquelle celui à qui est adressé le discours soit est totalement absent, soit ne se trouve pas en contact avec celui qui écrit. C’est un discours-monologue, une conversation avec la feuille blanche de papier, avec un interlocuteur imaginaire ou seulement figuré, alors que la situation du langage oral est toujours celle de la conversation. Le langage écrit implique une situation qui exige de l’enfant une double abstraction : celle de l’aspect sonore du langage et celle de l’interlocuteur. »Négligeant (refusant ou différant) l’apprentissage d’un tel saut, Daniel Pennac entretient la nostalgie du Grand Partage, le temps de la « trinité », où l’heure du conte, pure « communion » et « prière commune » consacrait une relation idéale, coexistante, consubstantielle et coéternelle : l’infinie fusion, l’obstacle à toute évolution. Et pourtant, les contes le disent : n’est-il pas impératif pour grandir, de quitter le giron familial, de prendre son indépendance, de penser par soi-même ? N’est-il pas fondamental d’apprendre à cheminer seul entre les signes du monde, lâcher la main des siens, s’aventurer vers l’imprévu et prendre rendez-vous, seul, avec ces héros loués par la voix d’un autre, « ces personnages magiques, ces frères, ces sœurs, ces rois, ces reines, ces héros, tant pourchassés par tant de méchants. » ? Il est de l’ordre de l’humanité de s’en aller voir de « l’autre côté du miroir », de ses propres yeux. Ça s’appelle « apprendre à lire », amadouer l’essentielle solitude . Du réel au visible
Daniel Pennac connaît les exigences de silence et de retrait de la lecture. Activité secondaire, entre mémoire et imagination, la lecture est d’abord acceptation d’une distance mais une distance branchée sur le monde : « Ce que nous lisons, nous le taisons. Le plaisir du livre lu, nous le gardons le plus souvent au secret de notre jalousie. Soit parce que nous n’y voyons pas matière à discours, soit parce que, avant d’en pouvoir dire un mot, il nous faut laisser le temps faire son délicieux travail de distillation. » « Elles notent dans leurs grands livres tout ce qui se passe dans le Square. Elles ramassent tout, les miettes de pain, de gâteau, de tarte, de croissant, de pain au chocolat, les chewing-gums séchés, les trognons de fruits, les restes de sandwiches, les bouts de , les rognures d’ongles, les champignons, les morceaux de jouets, les boîtes de boissons gazeuses pleines de bulles, les papiers froissés, les pièces de monnaie perdues, les cheveux tombés… Elles notent la trace des pas et leur nombre, leur direction, les paroles échangées, les cris poussés, les larmes, les rires, les baisers, les petits câlins. Elles ramassent tout, elles goûtent tout, elles notent tout. Chaque jour de chaque semaine de chaque année. »
Telles des moines copistes, dans l’étude et la réflexion, les Souris Archivistes lisent, écrivent, (ne dissociant pas ces deux activités), échafaudant, « dans leur mémoire », d’immenses bibliothèques souterraines, comme autant de réseaux intériorisés et progressifs de l’exploration du monde. Leur travail est « long et difficile », sans doute allégé par la gestion communautaire de cette tâche. Dans cet espace symbolique où l’expérience du monde est recyclée, la poubelle devient le conservatoire des empreintes de l’existence. Comme Georges Perec (dont le prénom figure dans le titre de l’album), les souris décrivent « ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance » . Ensemble, elles réunissent les divers aspects d’une manière d’être lecteur : confrontation de points de vue, accumulations croisées d’information , dégustations, mémorisations, « transports », déplacements, échanges et enfin, plaisir car : « Le plaisir n’est-il pas ce qui accompagne, entoure, transfigure et dépasse l’accomplissement d’une fonction nécessaire ? », n’es-il pas « la plus heureuse des conséquences de la lecture » et non sa cause ? Des messages sérieux semblent circuler clandestinement dans les pages d’albums pourtant distrayants. Destinés au lecteur en train de lire, ils lui parlent en catimini de son activité : la lecture n’est séparable ni de la vie, ni de l’écriture, c’est une manière de « traiter » l’expérience ordinaire en en sélectionnant des éléments pour les stocker et les assimiler dans les circuits de la mémoire. C’est une activité complexe, longue et difficile qui requiert de l’assiduité (chaque jour de chaque semaine de chaque année, écrit Claude Ponti) et qui change considérablement son regard sur la vie : « Il ne suffit pas de savoir lire pour être un lecteur, la lecture est une activité élitiste. Mais c'est une élite à laquelle tout le monde peut appartenir. Depuis des décennies, on donne à la difficulté un sens négatif. Mais c'est par la difficulté que nous atteignons les étoiles ! Et par la lenteur. Il faut du temps.» . Rien de naturel là-dedans mais l’apprentissage complexe, social et solitaire à la fois, d’un mouvement qui va du réel (ce qu’on voit) au visible (ce qu’on en pense). La conquête du sens dans la distance. Un secret partagé
« Le livre est lu mais nous y sommes encore. Sa seule évocation ouvre un refuge à nos refus. (…) Il nous offre un observatoire planté très au-dessus des paysages contingents. Nous avons lu et nous nous taisons. Nous nous taisons parce que nous avons lu. (…) Parfois, c’est l’humilité qui commande notre silence. (…) la conscience intime, solitaire, presque douloureuse, que cette lecture-ci, que cet auteur-là, viennent, comme on dit, de « changer ma vie » ! » L’auteur ! Voilà bien le nouveau partenaire de l’enfant, celui avec qui, à bas bruits, se renouera le lien perdu avec la voix lisant les pages. Un partenaire formidable parce que bien plus fiable que l’ancien « conteur du soir ». Toujours disponible et égal à lui-même, celui-là ne gouverne pas la réception, il n’essaye pas de « sauter des pages pour aller plus vite », il ne triche pas avec le texte, il ne tente pas de faire « passer son histoire préférée plutôt que celle réclamée par l’enfant », il n’impose ni sa voix ni son interprétation. Il propose, jour après jour, le même texte, les mêmes images, la même histoire apparemment aussi placide que la surface d’un étang où se reflètent tous les secrets du monde, tous les bruits du monde (harmonia mundi). À l’enfant de choisir, avec lui, ses chemins de traverses, son allure, son plaisir (progression linéaire, saut de pages, retours en arrière…). L’auteur est là qui l’accompagne, d’une ferme douceur : « Le lecteur (…) progresse dans la sécurité. Aussi loin qu’il puisse aller, l’auteur est allé plus loin que lui. Quels que soient les rapprochements qu’il établisse entre les différentes parties du livre – entre les chapitres ou entre les mots – il possède une garantie : c’est qu’ils ont été expressément voulus. Il peut même, comme dit Descartes feindre qu’il y ait un ordre secret entre des parties qui ne semblent point avoir de rapports entre elles ; le créateur l’a précédé dans cette voie et les plus beaux désordres sont les effets de l’art, c’est-à-dire ordre encore. (…) Une force douce nous accompagne et nous soutient de la première à la dernière page. »
L’allure du lecteur n’est pas celle des héros comme en témoigne l’image inversée de Duke et Oregon . Sur la couverture, les personnages vont dans le sens de la lecture, de gauche à droite. Au cœur de l’album, ils suivent leur propre itinéraire, de l’Est des Etats-Unis à l’Ouest, de la Pennsylvanie en Oregon. Le lecteur ne suit pas docilement le fil des lignes, lesquelles ne reproduisent, en aucun cas la chronologie de l’écriture, au moment de la création.
- « Tiens c’est un dessinateur », constate Pistache.
Dans Zzzzz , l’auteur en « remet une couche », construisant son récit sur la revendication de certains animaux d’entrer dans le Panthéon littéraire pour devenir, en quelque sorte, des archétypes. Des mouches exigent ainsi le statut de personnages. D’abord l’auteur reprend ses stratagèmes habituels. S’adressant aux lecteurs, les prenant à partie, il met en cause son propre talent d’illustrateur, installant une distance, prémisses de l’activité critique : Ah, là ça va mieux ! C’est donc une histoire de loups, de deux loups rigolos…
Feignant la surprise, il se découvre dans l’album, un physique sur lequel il porte une appréciation (critique):
C’est alors qu’a lieu (sous sa volonté, ne l’oublions pas) la rencontre entre les mouches (ses personnages) et lui-même (l’auteur confondu avec le narrateur, son intermédiaire fictionnel) : « Cher monsieur Corentin, c’est bien ce que vous faites mais nous en avons assez de vos histoires idiotes de loups idiots ! Nous préférerions que vous nous dessiniez de jolies histoires de mouches. »
Au début de l’album, Philippe Corentin avait déjà donné sa position sur l’ambition des mouches à devenir des héroïnes. Une probabilité à laquelle il ne croyait pas (alors qu’il s’apprêtait à la raconter) :
À la fin, il conclut (au milieu de deux autres de ses personnages coutumiers, le chat et le chien ) :« Une histoire de mouches ? Et puis quoi encore ? Elles peuvent toujours attendre. Non, mais des fois ! Ho ! » Claude Ponti va magnifier cette relation secrète, et ô combien privilégiée, entre le lecteur et ses livres, dans l’exergue d’un album tout entier consacré à la genèse d’un plaisir, celui d’une fête des sens et des yeux, un gâteau, un château, un mille feuilles pour un « palais » émoustillé, la lente élaboration d’émotions que certains mots, certaines images, comme les miettes d’une fameuse madeleine, sauront ranimer :
Véritables héros de la fête d’Anne Hiversère, les souvenirs de lecture sont méticuleusement inscrits sur la double page de garde, égrenant la liste fervente d’un mémorial intime : cent quarante-quatre héros de papier de la moitié du XIXème siècle à la fin du XXème siècle, une anthologie d’enfant lecteur, ses fondations, ces bases et ces podiums sur lesquels il aura appris à devenir une grande personne, sans trahir la jeune personne. Sous « l’aile des mots », l’enfant s’élève sans rompre les amarres avec ses premières émotions. En grisé, le titre de l’œuvre, en surbrillance, le nom de l’auteur. Comme des empreintes dans la mémoire violette des premières pages d’écriture, ces références étincellent tels des néons au panthéon du souvenir. Lire à un enfant, c’est d’abord lire avec un enfant et, avec lui, apprendre peu à peu à faire une place à celui qui écrit (le vrai conteur). En mettant des mots sur une marque de fabrique : « Ce Corentin ! toujours aussi malin ! », ses éventuelles défaillances (moins en forme que d’habitude, on dirait, le père Browne !), en signalant des liens entre auteurs, petites conversations secrètes entre professionnels (Tiens, Ponti il a mis le petit crayon de Monsieur Hulul dans son cimetière. Peut-être a-t-il voulu rendre hommage à Arnold Lobel qui vient de mourir ?). (Tiens cette phrase de Corentin, elle ressemble à une autre, non ? : « Il était une fois une petite fille, la plus espiègle qu’on eut pu voir. » ). Renseignements pris, il s’agit d’une reprise du démarrage du conte de Perrault (Le Petit chaperon rouge) dont Mademoiselle Sauve-qui-peut est la parodie : « Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eut su voir. ». On remarquera que la notion de village a disparu chez Corentin qui reprend cette information dans son dessin (cour de ferme) et que l’expression « sut voir », désuète, est remplacée par « put voir », plus actuelle et bien plus en phase avec le titre : le verbe pouvoir renvoyant au dernier mot du nom de l’héroïne (Sauve-qui-peut). Ce faisant, le conteur assure, progressivement, le relais entre les voix passées et sa propre voix incitant tout lecteur adulte à en faire autant : rendre moins nécessaire sa propre voix (forcément éphémère) pour faire place à celle (durable) de l’auteur de livres. Dans Le Poussin gazouilleur , les auteurs font de cette voix des livres l’axe de leur histoire : un poussin nouveau-né, tout fier d’être en vie, gazouille, gazouille à perdre haleine. Un renard l’avale et gazouille à son tour. Même gazouillis pour le loup qui absorbe le renard et pareillement pour l’ours qui engloutit le loup. Finalement, toutes les proies sont recrachées, délivrant le poussin et son gai gazouillis. Rien n’arrête les voix des livres quand c’est autour d’elles qu’ils sont construits et lus. Voir et survoir simultanément, faire du sens
Au début, la lecture est un partage attendu et goûté, festin de la parole où tout conte, festival du corps (voix, gestes, mimiques, tout l’appareillage de l’oral souvent repris par les premiers livres), concert graphique et iconographique dans les albums qui exploitent joyeusement les ressources inépuisables d’un imaginaire lettré. Jeux de rimes , jeux de construction , jeux de rythme , jeux polyphoniques , jeux référentiels ou l’assortiment de tous ces éléments : Sur l’île des Zertes . Scritch, scratch, dip, clapote dit une couverture pour suggérer les bruits du monde convoqués par les pages. Plouf ! ou Patatras ! Des bruits explosent sur d’autres jaquettes, éclaboussant le présent du lecteur d’échos intertextuels plus ou moins lointains : Plouf !, le bruit reprend la chute du loup tombant dans le chaudron de l’aîné des trois petits cochons. Plus de trois siècles après, dans l’album de Corentin, le premier animal à découvrir le loup au fond du puits est… un cochon. Mais ce plouf du loup renvoie à un autre loup, tout aussi ancien, Ysengrin, lequel s’était fait prendre au piège par Goupil, dans Le Roman de renart . Les livres s’appellent et se répondent, tissant, des plus lointains récits jusqu’aux plus récentes œuvres, un filet ininterrompu de sens.
Un guidage créatifL’auteurDans les romans, l’auteur est toujours là, assurant sa présence auprès du lecteur. Il converse avec lui pour l’entraîner dans une grande histoire sur le difficile passage de l’enfance à l’âge adulte :
Max est suivi par un lion qu’il est le seul à voir. Il l’accueille chez lui, en cachette de ses parents et comble alors sa solitude de fils unique avec Galilée dont il a accroché le portrait dans sa chambre, et ce fauve encombrant. Max a sept ans. Ses rêves envahissent encore sa vie et donnent lieu à des situations rocambolesques (qui vont franchement amuser le lecteur). Mais, le jour de Mardi Gras, Max doit abandonner la petite enfance, attraper l’âge de raison, devenir grand. Oscar, la peluche rejoint alors Galilée, au ciel, dans les constellations :
L’image du Petit Prince et de son narrateur résonne dans cette dernière réplique. Comment abandonner l’enfance sans trahir tous ses rêves ? Peut-être en suivant sa « bonne étoile », en devenant Galilée. Saint Exupéry avait évoqué son refus d’être une grande personne. Ici, on rend ce passage romanesque, éternellement symbolique. Les voix
Dans Chat perdu , une famille, sur le chemin du retour des vacances, a oublié le chat Balthazar sur un parking. Rodrigue, l’enfant est inconsolable. Ses parents, sa sœur vont l’aider à surmonter son chagrin. La construction du récit montre les points de vue entourant cette aventure banale.
Les retrouvailles entre Rodrigue et Balthazar vont clore les parallélismes des voix. Ayant fait du sport, Rodrigue est amené à détruire la sépulture du chat, celui-ci venant d’échapper à la longue divagation à travers la nature et ses dangers. Rien n’a changé entre le maître et le chat si l’on en croit la dernière phrase du félin.
Les valeurs de la langueMadame Bartolotti est veuve. Près de chez elle vit son ami le pharmacien. Plutôt bohême, madame Bartolotti dirige un atelier de tapis artisanaux. Elle fume le cigare, ne fait pas le ménage, parle toute seule (avec un langage plutôt châtié) et a une manie : la commande par correspondance. Or, un jour, arrive, dans un paquet, qu’elle ne se souvenait pas avoir commandé, un enfant. Programmé pour répondre aux désirs des parents les plus classiques (ce que représente le pharmacien), Frédéric va se heurter à la conception tout à fait différente qu’a madame Bartolotti sur l’éducation, les vraies valeurs, la vie. Et cela passe par le langage.
Le sens des motsJulien, dit la fouine, n'est pas aimé des autres enfants. Parce que sa mère est alcoolique, parce qu'on le traite de " bâtard ", parce qu'il est différent, on le rejette. Il a pourtant une amie, cette petite fille qui nous raconte l'histoire et à qui il vient toujours en aide quand elle a peur du chat de la cave ou de l'araignée de sa chambre. Il lui apprend même à surmonter ses peurs et elle éprouve beaucoup d'affection pour ce drôle de garçon. Pourtant, à la suite d'un acte de violence commis par Julien, elle devra choisir entre lui et les autres… (site www.takalire.org) C’est un pronom qui va servir de lien entre les différentes étapes de la relation entre Julien et son amie : Au cours de la récréation, Louisa me montra soudain du doigt. - Celle-là ! dit-elle tout haut. Celle-là est son amie ! Celle-là, elle marche avec lui dans la rue, main dans la main. (p. 62) La production actuelle, en romans mais aussi en théâtre, en poésie aussi, regorge de livres qui mettent la forme littéraire au service des grandes questions humaines. Les premiers jours ou de Toro ! Toro ! , ces deux livres sont différents mais ont un point commun : les jeunes héros sont aux prises avec des sentiments contradictoires concernant une période importante de leur vie. Rebecca, doit, parce qu’elle est juive, quitter Alexandrie qu’elle aime pour Paris qui lui semble féerique. Mais les conditions de ce départ, un exil, ternissent sa joie et lui procurent de nombreuses interrogations. Antonito a adopté un fabuleux taureau à la mort de la vache, le jour de la naissance. Quand il comprend que son ami est réservé à la corrida et que, pire que ça, son oncle préféré va le toréer, Antonito est l’objet d’émotions violemment contradictoires. Les répétitions, nombreuses, les questions, les connecteurs organisent ces imbroglios de la pensée, ces forces confuses des émotions qui submergent les héros et s’immiscent dans les lecteurs. Et, tandis que les psychismes s’enflamment pour retrouver un nouvel équilibre, une nouvelle vision du monde, c’est tout un univers social et politique qui s’est ouvert : la guerre entre Israël et les pays arabes dans une famille juive aisée qui sauve sa peau, d’une part, et, d’autre part, la guerre d’Espagne dans une famille de paysans engagés contre la dictature. En même temps, deux univers linguistiques opposent leurs efficacités s’exposent : Rebecca parle à la première personne d’une situation actuelle, Antonito, le grand-père, raconte, pour son petit-fils, sa propre aventure. La première décrit au jour le jour la construction de son avenir, l’autre revient sur ce qui est devenu son plus grand souvenir Le jour d’avant J’ai onze ans et je crois que demain sera le jour le plus important de ma vie. Peut-être pas aussi important que celui de ma naissance mais presque : demain ma vie d’Alexandrie va se terminer et celle de Paris va commencer. Nous quittons l’Egypte, nous partons pour toujours. « Une vie qui finit, une vie qui démarre », dit mon père, le visage rieur mais avec des yeux tristes. Je l’aime quand il est comme ça, papa, courageux et fragile ; j’ai envie de le prendre dans mes bras comme si c’était moi le parent et lui l’enfant. Paco Je suis né le 1er mai 1930, dans une petite ferme, juste à la sortie du village de Sauceda. Il y avait ma sœur aînée, Maria – qui avait dix de plus que moi, ma mère et mon père. Nous vivions là tous les quatre. Nous avions des oncles, des tantes et des cousins un peu partout dans les environs, bien sûr. Tout le village était comme une grande famille. Mais passons là-dessus. Ce fut une autre naissance, environ cinq ans après la mienne, qui déclencha tout.
Dans L’horloger de l’aube, Yves Heurté explore les effets du genre sur les lecteurs en racontant la même histoire mais de deux façons : comme un récit, comme une pièce de théâtre. FAIRE LIRE C’EST CREER L’EXPERIENCE DE LA DISTANCE
Nous venons de le voir, la lecture est abstraction d’une relation, prise de distance avec le réel pour mieux y revenir, autrement s’y investir. La lecture c’est la séparation illusoire d’avec les autres puisque, dans le silence, continue l’inséparable relation. Agir pour la lecture publique, c’est agir pour la démocratisation de cette distance. Les discours sur la lecture, s’ils reconnaissent cette activité réflexive, souvenez-vous (« ainsi [l’enfant] découvrit-il la vertu paradoxale de la lecture qui est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens. » ), la considèrent facilement transmissible « comme si le statut de la lecture, la manière de lire, la matière à lire, les raisons de lire, les effets du lire, tout cela avait sens et valeur en soi, de toute éternité, pour tous les individus. »
Quelques points pour lancer une réflexion commune :
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| Dernière mise à jour : ( 28-03-2008 ) | |||||||||||||||
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Dans le cadre de la fête du livre jeunesse 2008, en collaboration avec le CRDP de Montpellier, nous avons souhaité réfléchir sur la transmission du plaisir de lire.